Commencer en chinois : «Euh… mais où est l’alphabet ? »


Débuter l’apprentissage du chinois (mandarin) c’est souvent se retrouver vite confronté à une difficulté de taille : l’écart colossale qui existe entre cette langue et les autres. La première différence constable réside bien évidemment dans le fait de l’absence d’un alphabet ou d’un autre système proche (syllabaire, alpha-syllabaire…), en tant que celui-ci permettrait de poser, littéralement et métaphoriquement, les bases de la langue visée. Il est à peu près évident que, lorsque vous entamez l’apprentissage d’une nouvelle langue, votre attention se portera en premier lieu sur les bases de celle-ci et donc, inévitablement,  sur l’alphabet qui ira incontestablement avec. Toutefois, cela semble bien être impossible d’envisager ce fait dans une langue comme le chinois mandarin. A en croire même certaines méthodes, il n’y aurait tout simplement pas d’alphabet ou d’équivalent au sein du chinois mandarin. Pourtant, force est de constater qu’un tel constat n’est, au bout du compte, que partiellement véridique…

« Rien qu’un petit bout d’alphabet s’il vous plaît… »

L’idée répandue qui consisterait à se dire qu’aucun alphabet ne serait présent en chinois me paraît, avec le recul, un peu délétère pour l’apprentissage efficace de cette langue. En effet, et en y regardant de plus près, on constate quand même certaines similitudes et certains points communs que nous nous en allons détailler à présent.

En premier lieu, et ceci sera visible dès le tracé de vos premiers caractères, on peut constater de suite la présence de formes récurrentes que vous allez retrouver, par la suite, dans un large éventail de caractères qui seront dits « plus complexes ». Les fameux caractères de bases pourront donc constituer un bon début et une base assez solide quant à votre progression à l’écrit. Certains manuels, à l’image des cahiers d’exercices Assimil, peuvent vous proposer un regroupement de plusieurs caractères dits fondamentaux ; ceux-là même que vous pourrez apprendre pour qu’ils finissent par constituer cette fameuse base proto alphabétique de la langue. D’ailleurs, il peut être tout à fait intéressant d’apprendre un peu mécaniquement cette première centaine de caractères (via des copies sur un cahier par exemple) précisément comme vous seriez susceptibles de le faire pour les lettres de l’alphabet latin, cyrillique, ou bien les syllabaires de la langues japonaises par exemple.

Le japonais, parlons-en justement ! Oui il est vrai que certains pourraient peut-être se dire qu’une centaine de caractères : « cela fait beaucoup quand même !! ». Mais encore une fois, on se rend compte que d’autres systèmes (comme le trisyllabaire japonais) seront finalement plus conséquent en quantité que cette centaine de caractères de base présent en mandarin.

Le second point qui me semble important de préciser concerne la démarche d’apprentissage qui finalement, ne sera pas si éloignée de celle d’avec laquelle nous sommes accoutumés. Après tout, nous pouvons décomposer ces premiers caractères chinois d’une manière pratiquement identique à ce que nous connaissons via notre alphabet latin :

comparaison morpho-graphique

En y regardant de plus près on constate donc qu’apprendre les différents traits de ces caractères, n’est finalement pas si éloigné du fait d’apprendre le tracé (au sens littéral) des caractères latins par exemple. Ce principe devient d’autant plus vrai lorsque l’on comprend que certains traits seront eux-mêmes fondamentaux au point de vous permettre, par la suite, de procéder au tracé de n’importe quel caractère de la langue.  A ce titre, il me semble donc essentiel de bien garder à l’esprit que travailler ces traits fondamentaux consistera bien l’une des premières étapes de l’apprentissage de la langue (au même titre qu’un alphabet donc) tant ceux-ci constitueront, tant en compréhension écrite qu’en production écrite, la première base de votre niveau linguistique en chinois mandarin.

A la lecture de ceci, certains d’entre vous se diront peut-être que mémoriser l’ensemble de ces traits s’avérera particulièrement compliqué mais, en s’y mettant réellement, vous vous apercevrez très vite que cela s’avérera certainement plus compliqué que ce que vous souhaiteriez mais beaucoup plus simple que ce que vous redoutiez. D’ailleurs, on observera que certaines subtilités dans le tracé ne seront finalement pas réellement plus complexes que l’apprentissage de l’ensemble des phénomènes présents, par exemple, au sein de la diacritique d’une autre langue. Toutefois, et pour celles et ceux qui souhaiteraient quelques conseils pratiques je vous recommande de regarder certaines vidéos bien réalisées à l’image, par exemple, de celles de la chaîne « Faguoren » ou de celle de Cédric Beau via les liens suivants :


¿? 

«Aussi proche & aussi éloigné… »

A présent, il convient de faire un point rapide sur trois des grandes différences existantes malgré tout entre cette base morphographique de la langue chinoise (mandarin) et un alphabet plus « conventionnel » dirons-nous.

« Des caractères disposant déjà d’un sens… »

Eh oui, voilà bien la première différence notable.  Contrairement à notre alphabet latin, ou écrire simplement un « l » ne voudra pas dire grand-chose, ces premiers caractères pourront déjà être retrouvé dans des phrases (relativement simples) en tant qu’ils seront déjà porteur de sens (pluriels cela dit). A ce titre, travailler ces premiers caractères comme l’on pourrait le faire pour un alphabet plus classique s’avérera doublement efficace. Non seulement ceux-ci vous permettront de mieux cerner des caractères plus complexes mais pourront également être utilisés en tant que tels. Autant se le dire, entre les traits fondamentaux et ces premiers caractères, vous aurez véritablement une bonne première étape pour voter apprentissage de l’écrit. Alors, finalement, ne trouvez-vous pas que cela vaut véritablement le coup ?

« Une quantité vraiment illimitée… ? »

Il est paraît important de préciser qu’à l’inverse d’un alphabet plus classique, vous ne pourrez malheureusement pas réellement quantifier de prime abord le nombre de ces caractères fondamentaux, en tant que ceux-ci seraient inévitablement nécessaires. En effet, il n’est pas possible, aussi clairement que pour d’autres langues tout du moins, de se dire qu’après avoir assimilé les 26 lettres de l’alphabet latin (ou bien les deux premiers syllabaires japonais) il vous serait littéralement possible de tout écrire (hors nuances diacritiques). Il est vrai qu’il s’agira d’un apprentissage au long cours qui pourrait en effrayer certains. Toutefois, rappelons qu’apprendre une langue reste, de toute façon, un apprentissage basé sur le long terme, pour peu, toutefois, que vous souhaitiez atteindre un certain niveau général dans la langue visée. Néanmoins, précisons de suite qu’apprendre à écrire en chinois ne sera, finalement, guère plus complexe que d’apprendre d’autres aspects plus élaborés au sein d’autres langues (comme la maîtrise de toutes les subtilités et nuances fournies par la diacritique par exemple…).

« L’absence de phonologie clairement établie »

La seconde grande différence consistera en l’absence de lien défini entre le caractère et le son qui y serait associé. Même si certaines subtilités existent (les clefs dîtes phonologiques par exemple) celles-ci ne seront, toutefois, pas assez récurrentes et certaines pour que l’on puisse véritablement se permettre de les assimiler à un signe visuel comprenant également un son relativement défini. Pour le coup, il s’agira ici d’une spécificité certaine tant le travail de l’écrit sera globalement assez indépendant du pendant oral (et vice et versa) expliquant également de possibles écarts entre les deux « pans »  dans votre futur niveau de la langue. Malheureusement, il est vrai que travailler votre écrit en mandarin n’aura que très peu d’impact sur vos compétences orales en termes de tons et de phonétique notamment.

« Une déduction qui, lors de vos débuts, ne sera que peu envisageable… »

Enfin, il me semble important d’alerter sur une difficulté bien précise et qui consistera en ce que la déduction d’un nouveau caractère, ne sera pas aussi intuitive que dans d’autres langues. En effet, en face d’un nouveau caractère, il sera très difficile d’en déduire le sens véritable ; tout du moins durant les premiers mois de votre apprentissage. Ceci constituant, ni plus ni moins, que le revers de la médaille vis-à-vis de cette grande polysémie couplée à l’absence de fonctions grammaticales notamment. Néanmoins, et par la suite, il convient de préciser qu’il vous sera de plus en plus facile de déduire le sens de nouveaux caractères de par l’amélioration de vos compétences à l’écrit mais également par l’amélioration de vos compétences sur le plan lexico/syntaxique. Effectivement, le chinois étant majoritairement une langue dissyllabique, il vous sera sûrement possible de déduire certains caractères par le fait de votre maîtrise lexicale croissante ; celle-là même qui vous permettra de comprendre un caractère fonction des termes qui le précéderont et le suivront.  En d’autres termes, et pour peu que vous ne vous découragiez pas, précisons qu’écrire en chinois aura de forte chance d’engendrer un effet de type « snowball ».    

En bref, ne vous laissez pas démotiver par l’effet « Ouah c’est impressionnant !» si connu dans l’apprentissage des langues ; des langues en général d’ailleurs…

Si cet article vous a intéressé, je vous remercie de bien vouloir le partager afin que d’autres puissent également en bénéficier.

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Bon apprentissage à vous,

Matthieu -Rukmal- P

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