Projets de A1 à C2 : « Les échelles en langues, des faux projets… ?»



Ah les fameuses échelles en langues. Ces niveaux tant convoités comme synonymes d’autant de réussite dans une langue ou une autre. On ne va pas se mentir, nous avons tous pu nous dire « je veux avoir un C2 dans cette langue » ou plus largement répandu «  je veux avoir un B2 dans cette langue ». Pourtant, et à force de m’interroger sur cette fameuse question de « niveau », je me suis aperçu que ceux-ci pouvaient s’avérer assez contre-productifs pour ne pas dire assez pervers.


« Apprendre une langue ou avant tout une affaire de projet… »

Eh oui il s’agira d’enfoncer une porte ouverte pour certains mais, dans le doute, autant commencer par le commencement.


Si la question du pourquoi j’apprends telle ou telle langue semble indispensable c’est que précisément elle vous donnera une véritable direction à suivre durant votre apprentissage. Que ce soit dans les échéances qui pourront en découler, ou plus généralement, sur ce que vous allez devoir apprendre afin de parvenir à ce but. Eh non on ne peut pas apprendre une langue en tant que telle car il sera simplement impossible de poser l’idée d’une véritable fin en soi à ce type d’apprentissage. La véritable « fin » de votre parcours linguistique (phase d’apprentissage) sera plutôt lié à l’accomplissement de ce fameux objectif, ce fameux terminus, au combien personnel. A ce titre, il ne sera donc pas surprenant que beaucoup abandonneront l’apprentissage dès lors qu’ils se rendront compte que, sans objectifs personnels établis, celui-ci n’aura précisément pas de fin. Comment pourrait-on même songer à leur en vouloir pour cela ? Il est évident que, sauf en de rares exceptions, peu de monde sera enclin à maintenir un apprentissage long, fastidieux et potentiellement très chronophage tout en sachant que ce dernier n’aboutirait jamais à quoi que ce soit.

Autant se le dire, avoir un projet dans ou autour d’une langue est donc bien indispensable car vous fournira autant de repères généraux et d’étapes diverses à franchir progressivement que de précisions vis-à-vis de ce sur quoi vous devrez porter une attention toute particulière (pour ne pas dire prioritaire) :

  • densité lexicale pour pouvoir converser rapidement,
  • travailler mécaniquement un alphabet pour pouvoir écrire de plus en plus rapidement,
  • travail de l’idiomatique pour pouvoir discuter avec des amis de sujets plus ou moins légers,

En bref, avoir un projet c’est déjà s’offrir la chance de pouvoir s’organiser en fonction de celui-ci. Le but étant de mieux cerner les outils, applications, dictionnaires et autres manuels de langues dont vous aurez véritablement besoin. Progresser dans une langue c’est bien mais progresser en fonction de ce à quoi vous aspirez c’est quand même nettement mieux, non ?

« Un niveau en langue ou le principe du faux projet »

À présent, mais dans la droite lignée de ce que j’ai pu précédemment formuler, je souhaitais donc vous partager mes remarques quant à la question de ces fameux niveaux (CECRL…) pour ce qu’il en va des progrès dans une langue étrangère ou une autre.


En premier lieu, et après avoir échoué à apprendre une langue a plusieurs reprises, je me dois bien de vous alerter sur les effets potentiellement néfaste de ces échelles en langues. En effet, il m’est apparu que les niveaux en langues (à commencer par le B2) pouvait, finalement, se substituer à un vrai projet linguistique…je m’explique. En y regardant de plus près, et en abordant ce principe de projet, on constate certaines fois que des apprenants (moi et tant d’autres inclus ne vous inquiétez pas sur ce point) auront souvent comme objectif de vouloir « parler couramment la langue ». Si cette volonté reste des plus légitimes il n’en reste pas moins que celle-ci ne veut finalement pas dire grand-chose. « Parler couramment la langue » qu’est-ce que cela veut dire finalement ? Eh bien, il me semble qu’en général la réponse majoritairement audible sera à situer du côté du « avoir un B2 quoi ! ».

Eh voilà, en entendant ce genre de propos on ne peut s’empêcher de dire que le piège vient de se refermer sur l’apprenant. Car un niveau en langue (peu importe lequel) n’est pas un objectif mais une attestation, plus ou moins juste, d’un niveau de compétence générale. Autrement-dit, cela ne répond en aucun cas à la question de cet « objectif de l’apprentissage » car, dans l’absolu, vous pouvez très bien parvenir à un B2 dans une langue par le seul fait de votre travail très, très, très assidu. Les divers parleurs de l’anglais en sont un bon exemple tant beaucoup d’anglophone disposeront bien d’un B2 en termes d’échelle mais sans pour autant réellement disposer de connaissance et des compétences qui seraient sensé aller avec. Que cela passe sur le plan de la phonologie, d’un lexique général mais ne permettant pas réellement de comprendre une œuvre plus ciblée (réservé apparemment au pallier C même si cela serait finalement plus raccord avec les motivations de tel ou tel apprenant) on se rend compte que ces niveaux en langues ne sont bien que des repères qui ne tiennent que trop peu compte de l’aspect utilitaire et motivationnel ; ces mêmes éléments qui, pourtant, impacteront grandement la qualité de l’apprentissage dans la durée d’une langue ou d’une autre.

 Mais allons un peu plus loin en observant que ces niveaux ne tiennent déjà pas très longtemps pour ce qu’il en va de nos propres langues maternelles. Après tout, même après plusieurs décennies  à utiliser le français, beaucoup ne sauront pas pour autant rédiger, proser, s’exprimer (en termes de multiples registres, de lexique…) sans pour autant que l’on vienne remettre en question leur niveau de langue dans leur langue maternelle : et cela est tant mieux. Pourtant, après des décennies d’utilisation quotidienne de telle ou telle langue, il serait tout à fait logique de se dire que n’importe qui disposerait de la grammaire, syntaxe, lexique et autre rapidité d’exécution en écriture… ceci afin de pouvoir « parfaitement » utiliser sa langue. En outre, il serait également possible de se dire que personne, avec 30 ans de pratique, n’aurait à bafouiller ou à s’y reprendre à plusieurs fois sur une syllabe mal prononcée. Cela nous arrive à tous et, au bout du compte, de nombreuses fois dans notre journée, ne me dîtes pas le contraire car nous le savons tous bien. Alors pourquoi accorder autant de crédit à un modèle en niveaux qui, déjà, ne fonctionne que trop peu dans notre propre langue maternelle me direz-vous?

Il me semble très probable que la première des raisons soit d’ordre utilitaire tant viser un niveau (peu importe lequel) nous permettrait rapidement de répondre à la question de : « quel est ton projet ? ».

Il m’apparaît donc que viser ces niveaux en langues équivaut, finalement, à concevoir un projet linguistique un peu « préfabriqué » tant l’objectif ainsi que les notions dont vous aurez besoin (taille lexicale de tant de mots, maîtrise de tant de temps/cas sur l’ensemble, maîtrise des accords de genres/nombres…) vous seront d’emblée fournis.

« Des niveaux certes utiles mais par trop limités… »

À la lecture des lignes qui précèdent vous aurez sûrement compris que, globalement, je n’étais pas un grand adepte de ces logiques en niveaux. Toutefois, je vous propose à présent de préciser un peu ce qu’il en est vraiment.


Tout d’abord, le principal reproche que j’aurais à adresser à ces niveaux renvoi bien à la question de l’objectif poursuivi ; ou en l’occurrence à l’absence de véritable objectif. En effet, et passé les premières semaines, il me semble inévitable qu’en se situant dans cette recherche de niveau vous dépensiez plus d’énergie à tenter de faire des liens entre ce que vous apprenez et votre vie/aspiration plutôt qu’à véritablement apprendre et ou vous perfectionner. C’est une dépense d’énergie potentiellement colossale qui semble trop souvent servir à masquer l’absence d’objectifs suffisamment porteurs tant ils seront là pour vous octroyer la motivation quotidienne d’avancer.

Par ailleurs, je considère que l’une des principales faiblesses de ces niveaux se situe dans l’aspect inévitablement standardisé de ces derniers ; les rendant, au bout du compte, que peu représentatifs de véritables compétences dans les langues apprises (surtout jusqu’au niveau B2*). Après tout, les quatre grandes compétences en langue ne sont jamais qu’à subdiviser en plusieurs dizaines d’autres ; ceci nous plaçant donc, par la même occasion et bien malgré nous, dans une logique de « moyennes de moyennes ». Peu rares seront ceux qui, concrètement,  seront parfaitement compréhensibles à l’oral dans leur langue maternelle (fort normal me direz-vous) mais qui pour autant ne seront pas toujours des personnes disposant de « qualités articulatoires qui seraient remarquables ». D’autres, tout en sachant écrire, n’auront cependant pas à cœur de travailler leur style/esthétique de l’écrit tant cela ne les « inspire pas ». Qu’y aurait-il de mauvais à cela me demanderez-vous alors ? Pour vous répondre honnêtement, je vous dirai que, sur ce coup là, je n’en sais absolument rien…

Enfin, le point qui me semble crucial relève, lui, du dispositif mental (mindset) qui semble s’installer dans la tête de certains apprenants en langues. Outre la logique de comparaison inter-apprenants accrue (utile, certes, mais non miraculeuse pour autant) il me semble plutôt que cela empêche bien souvent de mesurer les véritables avancées réalisées. Que cela soit par le fait « d’avoir un A2 » qui se changerait en « je n’ai pas de B1 » ou bien de ne pas mettre assez l’accent sur les compétences déjà acquises** par tel ou tel apprenant, je considère que ces échelles ne sont pas assez porteuses pour un véritable parcours linguistique sur plusieurs années d’apprentissage. Il en ira évidemment de même pour les conditions de passation relativement limitées. Après tout avoir X/X tel jour ne signifiera jamais que la semaine suivante ou précédente vous auriez obtenu le même score. Les raisons de ces écarts sont bien connues mais nous n’en citerons ici que deux : fatigue, nature des thèmes et sujets abordés.

* A partir du palier C, il est évident que tout apprenant rentrera dans une logique de perfectionnement du moindre détail de la langue visée donc, cela aura au moins le mérite de se justifier. Une justification qui aura précisément lieu d’être de par l’objectif poursuivi : celui de littéralement maîtriser (sous tous les aspects) la langue visée. L’objectif a donc le mérite de bien être posé le tout en se basant déjà sur un niveau en langue existant.

* Si les quatre compétences sont bien liées entre elles, le but sera aussi d’apprendre à s’appuyer sur celles mieux maîtrisées afin de travailler plus aisément les autres. Principe de compensation bien connu et ce, rien que dans la décomposition de profils classique entre apprenants plutôt auditifs, visuels ou kinesthésiques par exemple.

« Un niveau, certes, mais un projet avant tout… »

Malgré tout, et j’en conviens, le fait de pouvoir se situer soi-même ainsi que ses compétences pourra être un excellent outil dans votre progression ; à condition, toutefois de bien savoir l’utiliser.


Il est évident que de passer une épreuve en langue et donc de venir se voir confirmer un de ces fameux niveaux pourra faire partie intégrante de son projet mais, finalement, tant que ce niveau ne restera lui-même qu’un outil vous permettant d’avancer vers votre véritable objectif. Il s’agirait donc de ne pas faire l’économie des questions : Qu’est-ce que le fait de parler cette langue m’apportera ? Comment et pourquoi vais-je utiliser cette langue ?

À titre d’exemple, nous pourrions dire que dans votre projet d’aller étudier dans tel pays, et après avoir déjà entamé votre apprentissage, il sera intéressant de se pencher sur le niveau de langue (et donc les épreuves associées) exigée par telle ou telle université. Autrement dit, il me semble primordiale de bien considérer que les niveaux en langues viendront bien se greffer à votre projet mais n’en seront jamais vraiment en tant que tels.
Aussi, et pour conclure sur ce point, je ne peux que vous inviter à prendre le temps de définir votre projet linguistique, celui qui inclura tout autant la langue que vous souhaitez apprendre que ce qui, au bout du compte, gravitera autour. Etudier là-bas ? Vivre pendant x temps ? Apprendre à calligraphier ? Pouvoir converser avec des amis natifs ? Ou même pouvoir regarder vos séries et autres romans préférés directement en VO ?… Voilà tous un tas de projets qui vous permettront de vous placer dans un apprentissage sain. Définir un projet c’est bien s’offrir la possibilité :

  • de mieux mesurer des avancées réelles dans votre progression (exemple de compréhension de films/série) :
    • de plus en plus complexes (nombres de personnages et d’intrigues, accents régionaux…)
    • avec puis sans sous-titres,
    • en changeant de cadre/type de récit (Sitcom, puis polar, puis documentaires…)
    • formats courts, moyens puis longs (sensation de fatigue diminuant…)
  • de vous donner à voir les principaux points sur lesquels vous devez vous concentrer en priorité (y compris dans l’acquisition de différents supports),
    • vocabulaire utile (conversation, académique,…) et supports associés (guide de conversation, guide de conversation version voyage, liste de mots par fréquence…)  
    • Quel type d’écriture choisir (simplifiée, latine/transcription latine, traditionnelle, numérique/digitale…)
    • Manuels de grammaire (méthode, manuels appliqués, mémo de grammaire de type « 50 règles essentiels en »…)
    • Type de dictionnaire (monolingue, bilingue, dictionnaire visuel,…)
    • Type d’application (répétition espacée, gamification, gratuite ou payante…)
  • de mieux mettre en perspective les difficultés rencontrées en les mettant en balance avec vos réussites déjà réalisées c’est-à-dire le fameux « je n’arrive pas à…mais j’arrive déjà à… ». :
    • « Je n’arrive pas à comprendre cette série de polar mais par contre j’arrive déjà à comprendre quelques sitcoms contemporaines ( et après tout il y a encore quelques semaines je n’y arrivais pas)…. »
    • « Je n’arrive pas encore à tenir un échange à l’oral mais par contre j’arrive très bien à discuter lorsque chacun parle à tour de rôle ».
    • Je n’arrive pas à rédiger mais j’arrive déjà à écrire assez rapidement par contre (voir mon article « Rédiger ou écrire il faut choisir »).

En bref, s’il me semble primordial que de se poser sur la question de ce projet c’est que, ce faisant, vous pourrez, très régulièrement, prendre du recul et apprécier de vous-même l’amélioration de vos compétences linguistiques.

Apprécier vos réussites, fussent-elles infimes au début, me semble être l’une des clefs certaines de la réussite de votre projet. Malheureusement, il me semble assez rare que les échelles en tout genre vous permettent de réaliser ceci, car d’ailleurs elles ne sont pas vraiment établies dans et fonction de cette démarche.

Toutefois, et afin de préciser le tout, je souhaitais également signaler qu’un projet restant quelque chose de vivant, il s’agira aussi de prendre régulièrement du temps pour faire le point sur celui-ci. En effet, plus vous avancerez dans la langue (et ceci arrivera bien alors ne vous inquiétez pas) plus vous y découvrirez de choses et plus vous serez amenés à nuancer votre projet linguistique.

Il me semble donc fondamental que de prendre le temps de revenir régulièrement sur votre projet en fonction de vos avancées réelles mais également de vos objectifs en tant que ceux-ci pourront changer : et cela n’est finalement pas grave, bien au contraire.


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Viser un niveau en langue n’est pas forcément suffisant pour un bon apprentissage #Langues #Autodidacte #B2

Bon apprentissage à vous,

Matthieu -Rukmal- P

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