Lire, écrire, entendre, parler : « les quatre piliers, aussi immanquables que cela ? »


Les fameux quatre piliers sont désormais devenus un classique dans l’apprentissage des langues en autodidacte. Bon nombre d’apprenants, de formateurs, de tuteurs ou même de professeurs particuliers usent de cette décomposition afin d’accompagner un ou plusieurs apprenants en langues. Mais, ces quatre piliers sont-ils, finalement, si pertinents que cela ?! On en parle !


« Lire, écrire, entendre et parler : une décomposition par compétences »

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Lire, écrire, entendre & parler sont avant tout une affaire de compétences et non d’aptitudes


Commençons par le commencement en formulant le simple fait qu’une langue, du point de vue pédagogique tout du moins, ne s’appuiera certainement pas sur ces quatre compétences mais bien sur une montagne d’éléments, plus ou moins distincts ; allant de la grammaire jusqu’au lexique en passant par la phonologie ou autre graphies alternatives de tel ou tel terme. S’il est clair que ceci ne constituera rien de moins que des exemples parmi une liste pratiquement infaisable en tant que telle, on se rend compte néanmoins rapidement de la volonté d’organiser tout ceci en ayant recours, évidemment, à une forme d’appareillage théorique. Car oui, si une langue s’appuie sur autant de choses à la fois on comprendra dès lors la volonté d’essayer d’organiser tout cela, tant bien que mal, dans le but notamment de pouvoir transmettre et d’accompagner untel ou tel autre quant à l’amélioration d’un niveau de langue donné.

Effectivement, et en y regardant de plus près, les quatre piliers restent bien, par essence, rien de moins que quatre compétences générale(iste)s dont la mise en concret restera, trop souvent, sujette à caution. C’est ainsi qu’à la simple demande de « Peux-tu parler…?! » beaucoup, du moins je l’espère, me répondront certainement « Oui mais de quoi ? Ou bien à qui ? » par exemple. Ce simple constat, applicable aux quatre compétences à la fois, nous renvoi immanquablement vers le côté assez artificiel de cette décomposition car le problème restera entier : une compétence c’est souvent très large pour ne pas dire trop large.
Autant par expérience que par écho, et a fortiori dans le cas d’apprentissage en autodidacte, j’ai pu constater que l’une des difficultés majeures renvoyait très souvent à un défaut, à un manque de concret dans l’apprentissage; l’une des raisons majeures de la démotivation d’ailleurs. Si ceci demeure déjà amplement observable pour des projets d’apprentissages au sens large, il en sera d’autant plus prononcé si le projet en langue sera celui de parvenir à un niveau avancé. En effet, autant préciser qu’apprendre une langue restera un sacré effort et sur bien des aspects à la fois ceci rendant donc la chose peu propice à un travail au long cours mais qui resterait, toutefois, loin de toute forme de concret / de possibilités de faire du concret.

Par ailleurs, et pour changer d’exemple, nous pourrions également évoquer les limites intrinsèques de ce genre de regroupements tant ils apparaissent également comme relevant, in fine, de moyennes de moyennes. C’est ainsi qu’ « écrire » serait déjà à distinguer entre l’écrit manuscrit et numérique et que « parler » nécessitera également de se pencher sur certaines choses trop souvent mésestimées ; à l’image de la rapidité avec laquelle vous pouvez formuler ceci ou cela par exemple. Sur ce dernier point, nul doute que faire de jolies phrases complexes en les préparant au brouillon aura certainement ses vertus dans le cadre d’un oral en langues mais que, dans le même temps, sera plutôt une contrainte de taille lorsqu’il s’agira de considérer des contextes que l’on qualifiera de plus spontanés (conversation, renseigner spontanément un touriste dans la rue…).

En bref, il est clair que ces quatre compétences, bien que souvent mises en avant par les uns et les autres en tant qu’immanquables, ne seront pourtant clairement pas à considérer comme les outils si évidents du point de vue d’un apprenant en langues. Les raisons relevant principalement d’un regroupement, finalement assez arbitraire, effectué loin des questions des contextes d’utilisation de la langue en question et donc des aptitudes qui iront inévitablement avec.

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« Les quatre piliers un outil si inutile que cela alors ? »

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Un outil et un repère potentiellement non négligeable s’il est bien utilisé


Il est évident que si les quatre piliers ont su acquérir leurs lettres de noblesse cela n’est en aucun cas à considérer comme relevant du seul fruit du hasard ; bien au contraire. En premier lieu, il est clair que ces quatre piliers pourront constituer de véritables repères et notamment pour ce qu’il en va des débutants dans l’apprentissage de telle ou telle langue. Un constat d’autant plus vrai si, précisément, vous ne savez pas du tout comment vous y prendre ou même par où commencer votre apprentissage ; à l’image du travail d’un alphabet par exemple. Dès lors, ces quatre compétences auront au moins le mérite de pouvoir vous fournir un axe de travail et une organisation pour ce qu’il en va de votre progression générale ; et ce, d’une manière relativement large tout en essayant, malgré tout, de préserver une forme de cohérence d’ensemble.

La cohérence au sein de l’apprentissage d’une langue ou d’une autre parlons-en justement. En effet, il me semble important également de la mentionner car, à dire vrai, voilà un critère plus qu’essentiel pour le choix de vos différentes ressources et notamment de votre ressource principale d’apprentissage. Dès lors, on peut aisément dire qu’outre l’aspect financier, la décomposition d’un contenu sous couvert de ces quatre compétences pourra constituer un bon indicateur quant à la réalité/efficacité du contenu proposé dans tel ou tel support ou dans telle ou telle formation par exemple. Reste qu’il s’agira donc de bien considérer ces quatre compétences comme un argument pédagogique jouant, souvent, en faveur de la qualité d’un support proposé ou d’un autre.

À ce titre, et vous l’aurez compris, le fait est que ces quatre piliers serviront en tout premier lieu les concepteurs de méthodes au sens large du terme ; dans le fond, la forme et le format. Ceci en leur offrant, en tant qu’outil théorique, une base intéressante afin de pouvoir être en mesure de concevoir puis de structurer un ensemble d’informations donné ; en lien avec l’apprentissage des langues comme chez Assimil par exemple. Rien de mal à cela et l’on constatera, de ce fait, que ces quatre compétences, rien que pour cela, resteront donc très loin de l’inutilité.

En bref, les quatre piliers resteront, et à bien des égards, un outil non négligeable ; surtout lors des débuts d’un apprentissage. En revanche, il est clair qu’en tant qu’apprenant cet outil sera largement limité dans la mesure où il aura une fâcheuse tendance à vous enfermer dans du pédagogico-pédagogique ; dans une langue inévitablement moins « utilisable » de par un manque d’aptitude réelle donc.

« Des compétences, certes, mais des aptitudes également »

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Un, deux, trois, quatre & cinq font autant appel à la langue qu’aux maths !


Comme vous l’aurez compris, si le terme « d’aptitude » revient assez souvent c’est bien parce qu’il tente de mettre en avant, de porter à la vigilance ce fameux concret dont je parlais précédemment. Bien que l’exemple reste un peu caricatural il n’en demeure pas faux pour autant tant « compter » renverra davantage à une aptitude plus qu’à une compétence. Effectivement il va sans dire que, compter, ne sera que très peu facilement rangeable dans l’une ou l’autre de ces « grandes compétences » ; lire, écrire, parler ou entendre. Bien que l’on pourrait parvenir, en forçant le trait, à l’y faire rentrer vous avouerez sans doute que : savoir compter dans « le parler » mais pas dans « l’entendre », dans « le lire » mais pas dans « l’écrire » n’aurait franchement pratiquement aucun sens.

Dans le même ordre d’idée mais en essayant de rester encore un peu dans le linguistico-linguistique tout de même, on pourrait citer le simple fait que d’être capable d’exprimer une date relèvera finalement plus d’une aptitude que d’une compétence en tant que telle. Zoomons ensemble sur ce point en prenant par exemple une date en anglais (US/UK) et le français comme langue de référence :


« Le 20 mai 2020 » en français se dira donc :

US : “ May (the) twentieth 2020” (Oral) // May twenthieth 2020 (Écrit)
UK : “ The twentieth of May 2020”
(Oral) // 20(th)May 2020 (Écrit)

Ce qu’il faut connaître alors serait décomposable de la manière suivante :

  • lexicale (jours, mois et chiffres),
  • micro-phénomène syntaxique (inversion jour et mois en anglais US notamment),
  • phonologique (notamment l’iconique [th] évidemment),
  • grammaticale (notamment le « the » optionnel, et désinences th, st, nd…),
  • scripturaux (th, st,rd… avec ou sans exposants y compris sur un clavier numérique),

  • On le voit donc ici, rien que le fait d’exprimer une date s’appuiera donc non pas comme certains le prétendraient sur des compétences arbitraires mais bien sur les classiques grammaires, conjugaisons, syntaxes, lexiques… qui resteront donc bel et bien à la base de toute langue pour le coup.

Toutefois, et au-delà du théorico-théorique maintenant, il convient surtout de mettre en avant qu’une aptitude, en tant que telle, nécessitera très souvent d’autres choses que le seul fait d’un niveau de langue ; et que ce dernier soit plus ou moins avancé finalement.
Si les tables de multiplications resteront l’exemple le plus simple dans l’optique d’illustrer ceci, c’est bien par ce que l’on ne saurait lister véritablement et exhaustivement tous les éléments susceptibles de vous permettre d’utiliser réellement telle ou telle langue. Qu’il s’agisse de proverbes tellement ancrés que l’on n’est même pas obligé d’aller au bout de la phrase donnée, d’idiomatique en tout genre, de telle ou telle nom propre, d’Histoire et de références, de symbolisme, de mathématiques, de préoccupations esthétiques, de plus ou moins grande technicité dans tel ou tel domaine… Autant se dire que cela dépendra grandement de votre projet et, précisément, de ce que vous comptez vous-même réaliser avec la langue que vous apprenez actuellement. Après tout :


 

Il ne me semble pas qu’en entrant dans un bar avec vos amis votre conversation ne soit qu’un simple récital d’une cinquantaine de verbes plus ou moins réguliers d’ailleurs.
Il ne me semble pas qu’en allant dans telle ou telle région l’accent standard soit toujours à privilégier sauf à ne vouloir rien entendre de ce que l’on vous dira donc.
Il ne me semble pas qu’en réglant vos courses vous disiez vraiment au vendeur en face de vous « j’ai eu 18/20 à mon épreuve dans ta langue ».
Il ne me semble pas que vos sujets de discussions avec un apprenant du français seront « l’importance de l’accord du participe passé avec le COD si celui-ci est placé avant avec l’auxiliaire avoir… »

& la liste serait longue à terminer, j’en conviens…


À dire vrai, si les exemples sur le plan linguistiques ne manquent déjà pas ce constat s’avère donc d’autant plus véridique lorsque l’on prend en compte ce qui se situe en dehors de celui-ci ; une limite bien connue et touchant même jusqu’au fameux « niveaux de langues ». À travers cette réponse, j’ai voulu tenter de vous alerter sur cette question théorique. Non pas dans le but de vous proposer une énième vision/ma vision en tant que telle mais plutôt car il me semble assez vicieux que de porter ces piliers en trop haute estime. Si leurs vertus, en termes d’organisation notamment, sont pratiquement indéniables, j’ai voulu tenter de mettre en avant que le fait d’arborer cette vision sans recul dessus pourra s’avérer souvent très contre-productif.
Contre-productif car, d’une part, elle ne met pas suffisamment en avant certains aspects linguistiques et autres dont nous avons pourtant véritablement besoin afin de parvenir à utiliser réellement ce que nous sommes en train d’apprendre actuellement. D’autre part, parce qu’elle empêche bien souvent d’apprécier également et véritablement ce que l’on est déjà capable de réaliser dans la langue.

En bref, je ne pourrai que promouvoir toujours davantage le fait de concevoir son propre projet d’apprentissage tout comme le fait, d’ailleurs, de revenir dessus régulièrement ; entendons par-là au gré de vos différentes avancées linguistiques justement mais aussi des évolutions de votre projet.

Autrement dit : Apprendre une langue ou en faire quelque chose, force est de constater qu’il s’agira finalement d’une véritable question en soi…et j’espère sincèrement que vous puissiez parvenir à vous la poser.

Et vous alors ?! Que comptez-vous faire avec la langue que vous apprenez ? Dîtes-nous tout dans les commentaires de cet article


Si cet article vous a intéressé, merci de nous suivre, aimer et partager afin que d’autres puissent en bénéficier.

Un bon article sur la démarche d’apprentissage en autodidacte en langue #Langues #Compétences #Aptitudes #Autodidacte #Projets

Bon apprentissage à vous,

Matthieu – Rukmal – P

6 commentaires

  1. Une langue est un outil, elle permet de communiquer. C’est un peu comme ce proverbe chinois qui dit que quand un doigt est pointe vers la lune, il ne faut pas fixer son regard sur le doigt sinon on passe a cote de la splendeur lunaire. C’est la même chose avec la langue, ce qu’on tente d’accomplir va déterminer des aptitudes qu’on cherche à acquérir avec la langue cible.

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    1. Bonjour et merci beaucoup pour votre commentaire !
      Ravi que cet article vous plaise et que le principe d’aptitude vous parle ! Il me paraît très important de ne pas perdre cela de vue en effet sous peine de trop rester enfermer dans le pédagogique. Apparemment vous êtes apprenant du chinois ?! N’hésitez pas à partager avec nous votre expérience dans l’apprentissage de cette langue ! Et, au passage, très joli proverbe !
      | Langues D’Ailleurs |

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      1. Bonjour Rukmal,
        Effectivement je suis un apprenant de Chinois. Master 1 en langue et civilisation chinoise et 10 ans d’expérience en Chine continentale. Récemment j’ai commencé le Coréen aussi.
        Nous sommes en quelque sorte confrères car j’aime beaucoup la culture asiatique et je suis aussi auteur sur les langues asiatiques. Votre article est très vrai, ce conseil peut faire gagner plusieurs années à celui qui le suit. Ravi que le proverbe vous plaise. Merci pour la qualité de vos articles.

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      2. Bonjour Gerard Jeanmarc !
        Ravi d’entendre que vous êtes actuellement en M1 spécialité chinois et je vous souhaite de réussir votre master dans cette langue. 10 ans ? Vous vivez là-bas du coup ?
        Le Coréen est aussi une langue très intéressante et étrangement beaucoup plus proche des nôtres que ce que l’on pourrait se l’imaginer. Quelles ressources utilisez-vous dans votre apprentissage ?
        Par ailleurs, ravi que vous appréciez le contenu des articles et que cela puisse vous aider dans vos apprentissages. Bienvenue au club alors et n’hésitez pas à mettre le lien de votre site en commentaire de cet article !
        | Langues d’Ailleurs |

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  2. Ravi de pouvoir lire un article qui sort des sentiers battus. Je suis autodidacte en apprentissage linguistique et ce que vous dîtes résonne avec ma façon de le concevoir. L’apprentissage en mode projet est ce qui m’a permis de vraiment m’approprier plusieurs langues et je ne peux qu’adhérer à cela.

    Un des problèmes majeurs, encore actuels, avec l’apprentissage des langues à l’école, notamment en France, c’est la méthode assez rigide (surtout dans l’éducation nationale) et manquant de fluidité. Je me souviens par exemple de professeurs d’espagnol qui pénalisaient lorsque un espagnol latino-américain ressortait à l’écrit ou à l’oral. Heureusement que certains professeurs se détachent de l’académique et enseignent de plus en plus de manière dynamique. Il devrait y avoir plus d’enseignants comme cela.

    Je serais ravi d’échanger avec vous plus amplement sur le sujet, étant actuellement en plein projet pour devenir coach d’anglais 😉 !

    Kévin

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Kevsundar et merci pour votre commentaire !
      Ravi que cet article vous plaise et vous parle pour votre démarche d’apprentissage ! Quelles sont les langues que vous travaillez actuellement ?
      Effectivement, la rigidité du système à l’éducation nationale n’aide en rien pour certains domaines à l’image de celui des langues. Je me souviens de certains profs d’espagnol qui tiquaient quand je prononçais certains sons à la andalouse « Madriz » ! Mais c’est aussi, et malheureusement, une question de moyens et de programmes à suivre vis-à-vis des épreuves standardisées notamment…

      Avec plaisir n’hésitez pas à me contacter, via le formulaire de contact par exemple, pour échanger à ce sujet & bon courage pour votre projet de coach en anglais !!

      |Langues d’Ailleurs|

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