Psycho-pédagogie : « Débuter ou être débutant ? Le problème de la Débutance… »



Aujourd’hui, sur Langues d’Ailleurs, on prend le temps de mettre en avant un phénomène assez classique de l’apprentissage des langues. Autant immanquable que particulièrement néfaste quand il s’agira d’appréhender une véritable progression linguistique. On vous le donne en mille, il s’agit bien de la « débutance » ! D’accord, mais cela signifie quoi exactement ? On en parle !


« Débuter c’est constant, être débutant n’est qu’un moment »

.

La « débutance » un état, certes, mais pas une action


Débuter l’apprentissage d’une langue ou d’une autre n’est clairement pas une chose aisée. On ne va pas s’en cacher, commencer son apprentissage c’est déjà devoir se confronter à beaucoup de choses et souvent d’un coup. Un constat d’autant plus vrai lorsque la ou les langues choisies sont particulièrement éloignées et d’ailleurs, rien qu’un nouvel alphabet peut déjà générer certaines complications pour ce qu’il en est de tel ou tel apprenant. Loin d’être finalement si compliqué que cela, il n’en reste pas moins que débuter un projet d’apprentissage peut s’avérer très vite complexe ; et ce d’autant plus qu’il pourra s’agir de faire face à des difficultés d’ordre technique mais aussi autre.

En revanche, il est clair que débuter son apprentissage d’une langue n’est (et ne devrait pas être) pas une fin en soi tant, et n’en déplaise aux professeurs et autres supports pédagogiques, n’est finalement pas synonyme de grand-chose. Effectivement, si être débutant s’avérera un peu près juste et justifiable durant les premières semaines, ce même débutant le sera-t-il vraiment toujours passé rien que quelques mois sur fond de travail réel ?! Gageons que, comme tous ces repères plus ou moins arbitraires donc, cela soit, au bout du compte, infiniment plus complexe que cela.
Dès lors, il conviendra surtout de ne plus parler de « débutant » mais bien du fait même de « débuter ». Ici, nous accorderons beaucoup plus de crédit à ce verbe d’action comparativement à une expression qui, elle, refléterait davantage un véritable état. Ce même état qui, normalement, n’est pas fait pour durer dans le temps, bien au contraire. Sur ce point s’agirait-il d’un simple jeu de mots ? D’un simple détail sans grande conséquence ? Vous aurez certainement compris que non tant « débuter » nécessitera également que l’on ne s’arrête pas seulement à ce verbe. Transitif oblige, il sera donc nécessaire de compléter ce verbe en précisant débuter « quoi » ?

De ce fait, on pourra largement constater que, via cette formulation, le fait de débuter est finalement soumis à ce qui est débuté et, de facto, pourra bel et bien s’appliquer à n’importe quels niveaux en langues. Entendons par là que, même le niveau le plus avancé, en découvrant/utilisant une nouvelle structure, en parlant d’un nouveau sujet (avec nouveau lexique associé), en changeant de contexte d’utilisation de la langue (incluant de phénomènes de registres par exemple), sera bien, d’une certaine manière, en train de débuter vis-à-vis de la chose en question.

En bref, « débuter » n’est en aucun cas synonyme « d’être débutant ». Au bout du compte, « débuter » arrive plus d’une fois durant un parcours d’apprentissage alors qu’« être débutant » n’est qu’un moment finalement et relativement court, qui plus est. Enfin, qui devrait l’être le plus possible…

.

« La débutance ou le risque d’une véritable stagnation »

Un état d’esprit qui, si maintenu, peut s’avérer être très limitant


Comme vous l’aurez compris, le fait de débuter techniquement parlant restera on ne peut plus normal. On ne peut plus normal pour ne pas dire fondamental. Autant par un souci d’apprécier réellement votre propre niveau actuel que par le fait de vous donner une vraie opportunité d’apprécier votre propre progression, il est vrai qu’admettre et accepter d’être débutant s’avérera bien d’une importance capitale pour ce qu’il en va de votre progression générale en langues ; un constat déjà applicable pour ce qu’il en va des ressources principales d’apprentissage.

Néanmoins, et à grand renfort de néo-pédagogie, on ne comptera plus les apprenants qui, tant au niveau des ressources utilisées que de l’état d’esprit d’amélioration, semblent finalement s’étiqueter à vie sous l’appellation « débutant ». Bien entendu, il ne s’agira pas ici de procéder à une surévaluation d’un niveau ou d’un autre mais bien d’interroger une véritable évolution, de faciliter une vraie progression ; ces mêmes choses qui nécessitent donc, à un moment ou à un autre, de sortir de ce moment de « débutant ». Effectivement, là ou le bas blesse c’est bien lorsqu’il s’agit des différentes ressources d’apprentissages qui, si elles sont infiniment nombreuses pour les débutants en langues, tendent véritablement à s’amoindrir au fur et à mesure des différentes avancées ; autant dans le fond, la forme que le format d’ailleurs.

Entendons par là que les ressources désormais bien connues semblent avoir leur rôle tant elles incitent un certain nombre d’apprenants à ne pas vraiment vouloir aller plus loin…plus loin que ces dernières en tout cas ! Affichant beaucoup trop de scores et résultats en tout genre, elles semblent alimenter ce que nous savons déjà comme relevant du contre-productif par excellence : une forme de perfectionnisme de la langue. Un perfectionnisme au niveau soit-disant « débutant » donc ? Vraiment ?! Apparemment en tout cas.
Dès lors, et à notre grand regret, on ne comptera plus le nombre d’apprenants n’essayant même plus d’oser dire autre chose, d’oser une autre formulation ou même de prononcer d’autres mots que ceux ayant été plus ou moins bien rabâchés par telle ou telle ressource pseudo pédagogique. Vous vous en doutez sûrement mais comment parvenir à progresser, dans une langue ou une autre, si l’on essaye finalement même plus…?!    

En bref, le fait de se considérer soi-même comme débutant, au sens plus large du terme, n’est pas nécessairement synonyme de réussite. Ceci aura une fâcheuse tendance à générer une forme stagnation ainsi qu’une surdose d’appréhension lorsque, finalement, l’on se devra de quitter telle ou telle ressource (trop) connue.

.

« Débuter passe aussi par le fait de vouloir progresser ! »

.

Apprendre une langue, une vraie question d’équilibre !


Comme toujours, il s’agira surtout de rester plus malin. Effectivement, savoir travailler dans le temps présent et avec les outils que l’on dispose actuellement restera on ne peut plus crucial.À l’inverse des projets d’apprentissage qui resteraient seulement dans la tête de tel ou tel individu, il s’agira bien, en premier lieu, de mettre la main à la pâte ici et maintenant afin de pouvoir rendre son apprentissage tout simplement réel. Imparfait, certes, mais vrai.
Toutefois, et comme nous avons tenté de le soulever au travers de ces quelques lignes, cela ne doit en aucun cas empêcher de pouvoir se projeter le plus possible dans et via la langue visée. Bien entendu, il ne s’agira pas de se projeter à dix mille lieux ou dans dix mille ans, mais simplement de pouvoir être en mesure de rester dans une démarche de progression et d’amélioration continue ; celle-là même qui nécessitera, de toute façon, de se confronter systématiquement à de nouvelles choses.  Autant sur le plan technique qu’autre, d’ailleurs.

Autant se le dire, si l’établissement d’un projet linguistique solide sera bien aidant, il s’agira aussi de mettre en avant, ici, les propos néo-pédagogiques qui commencent à sacrément se répandre ici ou là. Effectivement, et l’on ne va pas s’en cacher, on ne comptera plus le nombre de fois où il sera possible d’entendre les désormais immanquables : « ne cherchez pas à (faire compliqué) », « faites au plus simple », « ne vous prenez pas trop la tête », « faîtes moins d’efforts » ou encore le fameux « vous êtes débutants de toute façon ! ». Malheureusement, force est de constater qu’il s’agira bien trop souvent de propos signalant davantage une envie de professer (plus ou moins déguisée), de dispenser ceci ou cela plutôt que de véritablement chercher à accompagner tel ou tel apprenant.

A contrario donc, il nous semble important de rappeler qu’il conviendra bien de toujours chercher à faire mieux, à faire différemment ; ne serait-ce qu’un peu. Qu’il s’agisse de structures, de lexique plus ou moins savant, de registres et autre longueur de phrases, la clef de l’amélioration réelle résidera aussi dans le fait d’oser essayer. Se rapprocher de ce que vous souhaitez réellement comprendre et/ou formuler, à l’oral comme à l’écrit, et malgré les inévitables difficultés qui, de toute façon, feront quoi qu’il arrive partie du jeu
Une véritable question d’équilibre tant « consolider ses acquis » ne doit en aucun cas se transformer en un « se reposer sur ses acquis ». N’en déplaise aux (néo)professeurs plus ou moins auto-proclamés d’ailleurs, il s’agira de ne jamais se laisser freiner et certainement pas à cause d’une pseudo expertise plus ou moins de circonstance ; celle-là même souvent motivée par des questions de visibilité, de vente de manuels plus ou moins nouveaux ou bien de défenses de titres d’agrégés n’excellant, pour certains, en pas grand-chose ; à l’exception peut-être de pseudos débats ayant cours quelque part entre l’amphi A et l’amphi Z de la faculté du coin.  

En bref, que vous soyez plus ou moins avancés, que vous soyez plus ou moins friables sur tel ou tel aspect de la langue, il est évident qu’il reste beaucoup à entreprendre. Reste que si vous avez déjà quelques mois de travail réel au compteur, vous n’êtes plus vraiment débutant. Alors, rien que pour avoir franchi ce premier cap : Bravo à vous !

Et vous alors ?! Malgré le travail qu’il reste à faire, avez-vous réussi à passer ce cap de vous considérer comme débutant ? Dîtes-nous tout dans les commentaires de cet article.


Si cet article vous a intéressé, merci de nous suivre, aimer et partager afin que d’autres puissent en bénéficier

Être débutant c’est normal mais ne pas le rester c’est encore mieux ! #langues #autodidacte #progression #remarques

Bon apprentissage à vous,

Matthieu – Rukmal – P

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s