Améliorer sa compréhension : « La progression en spirale »


D’ordinaire, on entend souvent que la compréhension serait plus « facile » que la production en langues. Le genre de propos qui peut engendrer certains préjudices pour celles et ceux souhaitant aller plus loin dans la compréhension de telle ou telle langue. Alors, la compréhension évoluant généralement en spirale, cela veut dire quoi ?! On en parle !

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Note à l’attention des lecteurs : Cet article constitue une mise au propre d’une réponse conçue en premier lieu à destination de celles et ceux qui comme moi (niveaux  faux-débutants/intermédiaires)., souhaitent pousser leurs capacités de compréhension en langue.

 Langues d’Ailleurs | Matthieu Rukmal P


« Comprendre n’est peut -être pas aussi simple que prévu »

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« Comprendre » ne veut pas dire « être passif »


De prime abord, il est vrai que la compréhension, orale ou écrite, pourrait paraître plus aisée à appréhender que la production dans une langue étrangère. Beaucoup tendent à dire que la compréhension, par essence, serait plus facilement travaillable tant elle impliquerait moins de contraintes/blocages que son homologue. Entendons par là que les diverses ressources permettant de la travailler serait plus facilement accessibles et disponibles ; plus flexibles en somme. Effectivement, là où la production nécessitera pratiquement systématiquement la présence d‘un tiers (professeurs, natifs, amis…), la compréhension, elle, sera majoritairement une affaire directe entre l’apprenant ainsi que la ou les ressources que celui-ci aura finalement choisi de retenir.

Dès lors, on comprend aisément le discours ambiant consistant à diminuer/nier les difficultés liées à l’amélioration de sa compréhension (orale mais surtout écrite) tant il sera finalement assez simple de stipuler que cela ne vaudrait pas le coup ; que le plus important serait uniquement de « dire ». Aussi, et sur cette base, force est de constater que les partisans des Talkative Approach et leurs crédos du « je fais donc je sais » trouveront bien une porte d’accès royale pour la promulgation d’une kyrielle de contenus basés sur l’amélioration de la production en langues ; des contenus allant des classiques techniques de phonologie/élocution jusqu’aux zooms sur les différents blocages d’ordre psycho/environnementaux évidemment.

Sur ce point, loin de nous l’idée ne serait-ce que de vouloir diminuer l’importance ou l’utilité de ce genre de contenus, bien au contraire même. Toutefois, il nous semble essentiel de rappeler que la compréhension en langues ne se résume certainement pas aux seuls lectures totalement passives/sans difficultés et que malgré son aspect soi-disant plus accessible/flexible la progression, elle, ne sera certainement pas aussi « simple » que cela ; comparativement à ce que l’on pourrait entendre habituellement tout du moins.

En bref, la compréhension n’est pas plus ou moins aisée que la production en langue. Un peu comme les deux faces d’une même pièce, celle-ci comportera et engendrera son lot de difficultés spécifiques qu’il convient de ne surtout pas prendre à la légère.

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« Développer sa compréhension : la progression en spirale »

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Un pas en avant, deux en arrière puis à nouveau trois en avant


À présent, nous allons rentrer dans le vif du sujet en mentionnant ce qui nous semble le plus important en compréhension : le fait d’une progression qui sera clairement tout sauf linéaire. Nous avons déjà eu l’occasion de mentionner l’omniprésence des fantasmes/idéaux pédagogiques classiques jusque dans la décomposition en quatre compétences clef et uniques, mais la progression en compréhension (orale/écrite) semble finalement subir le même genre de travers…Effectivement, la progression établie d’avance comme linéaire et toujours méliorative (qualitativement et quantitativement) tient beaucoup plus d’une lige d’horizon servant au concepteurs/professeurs que d’une chose réellement observable dans la réalité.

La compréhension en langue a de spécifique qu’elle ne saurait suivre un chemin véritablement tout tracé tant elle comporte un nombre incalculable d’éléments de langues et de phénomènes en tout genre qui, par définition, resteront que très peu prévisibles. Bien entendu, les grands débutants en langue verront, dans les premiers temps, leur compréhension véritablement s’accroître et relativement vite autant du point de vue du lexique (plus ou moins isolé) que de la formation de phrases simples (syntaxe) ou de l’utilisation des temps (conjugaison) eux-mêmes qualifiés de simples. Les raisons en sont simples tant, en partant de zéro, chaque nouvel élément de langue permettra de faire des progrès perçus et auto-perçus comme considérables (y compris pour la production) ; autant en profiter d’ailleurs. Néanmoins, dès lors que les phrases gagneront en complexité tout cela risquera de subir un sacré changement; et ce, autant du point de vue de la progression que des résultats visibles et plus ou moins immédiats.    

Vous l’aurez sûrement deviné mais l’arrivée des premières structures de grammaire, mots grammaticaux, désinences et autres écarts de syntaxe aura finalement une fâcheuse tendance à rendre une phrase donnée nettement moins compréhensible donc. La subtilité, ici, se trouvant surtout dans le fait que cette même phrase, si elle avait été formulée autrement, aurait probablement pu être comprise. À ce titre, nous soulignerons donc que la compréhension se distinguera véritablement de la production notamment sur le fait que vous serez davantage tributaire de la source que vous tentez précisément de comprendre.
D’une manière générale, il y a moins de marge de manœuvres possible en compréhension tant il est vrai que, dans l’absolu, chaque phrase donnée peut vous mettre plus ou moins en défaut.  On le voit donc, améliorer sa compréhension n’est pas de tout repos et nécessitera, entre autres choses, d’accepter le fait de poursuivre son travail tout en ayant des résultats finalement moins immédiats que ce que l’on pourrait trop facilement s’imaginer.

En bref, la compréhension ne permet que difficilement de se reposer sur des récurrences extrêmement régulières et la quantité très importantes d’informations à potentiellement ingurgiter ne vient certainement pas faciliter le travail.

« La modélisation en anneaux, on illustre tout cela »

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Reculer pour mieux avancer ?! Un constat pas si faux que cela


Maintenant que nous avons pris le temps de préciser tout cela, nous allons tenter de le formuler notre pensée autrement via l’introduction d’un schéma illustratif fait maison.

Pour cet exemple nous prendrons le fait simple d’une structure fictive que nous nommerons « A ». Vous l’aurez déjà remarqué mais, comme évoqué plus haut, une structure donnée se verra, au gré du temps, enrichie de tout un tas de nuances ; des nuances elles-mêmes très diverses par ailleurs. Qu’il s’agisse de nuances de forme ou de fonds, ayant-trait à des questions de milieux ou de conventions, ou encore d’utilisation plutôt à l’oral ou à l’écrit, il va sans dire que beaucoup d’informations seront clairement à emmagasiner en plus de l’information première.

Nous noterons déjà que ces différentes nuances d’utilisations seront déjà plus ou moins complexes à saisir en elles-mêmes mais que le véritable problème résidera surtout dans le fait, par la suite, de parvenir à combiner toutes ces informations les unes avec les autres. Entendons par là que le fait d’appréhender telle ou telle nuance n’entraine pas immédiatement la capacité de pouvoir la mettre en perspective avec les informations préalablement acquises. Sur ce point, et malheureusement peut-être, c’est bien l’effet du temps et l’habitude que nous retiendrons comme étant ni plus ni moins que les meilleurs alliés.

En revanche, ce qui nous semble vraiment pertinent de saisir c’est bien que le fait de rajouter systématiquement des informations supplémentaires sur la base d’une information elle-même en phase d’assimilation (cf schéma) entrainera souvent un sentiment de non-progression ; voire même un sentiment de régression. Certes mais pourquoi ?!  La réponse reste finalement assez simple quoi que très frustrante, cela va sans dire. C’est ainsi qu’en reprenant le fait de notre structure A dans une phrase donnée, vous vous trouverez sûrement en proie à de nombreuses hésitations, empreints de doutes sur sa signification car il vous sera désormais possible de l’appréhender de plusieurs façons ; plus ou moins distinctes les unes des autres donc.
On ne peut alors que constater le paradoxe (temporaire mais néanmoins bien présent) consistant à pouvoir comprendre, dans l’idée, plus de choses sans pour autant y parvenir à 100% dans l’instant présent/spontanément. À force de pratique et de persévérance, l’information première enrichie de sa nuance de forme et/ ou de fond sera désormais acquise. Quoique qu’à ce stade, et en fonction de vos projets/besoins/envies, il sera toujours possible que vous vous trouviez de nouveau confrontés à une autre de ses fameuses nuances, répétant alors le processus dans un mouvement finalement non linéaire mais bien cyclique… En outre, vous aurez sûrement compris que nous avions pris l’exemple ici d’une seule structure de grammaire là où, évidemment, dans les faits, il y en aura bien d’autres ainsi que bien d’autres choses obéissant au même principe (mots grammaticaux, écarts de syntaxes, connotations du lexique, temps et cas…).

En bref, développer sa compréhension en langues ne suit pas un mouvement linéaire mais restera bien un perpétuel jeu d’avancées et de sentiments de reculs. Il s’agira alors d’en prendre conscience afin d’éviter notamment la désillusion liés à des résultats de moins en moins immédiats.

« La progression en spirale : Quantité, qualité et objectifs »

En compréhension le temps d’incubation est très important


Nous l’évoquions plus haut mais si la progression en anneaux, par expérience et par échos, restera particulièrement observable et donc modélisable pour un seul élément de langue, la quantité de toutes ces (futures) informations rajoutera véritablement son lot de complications supplémentaires. Effectivement, dire qu’une phrase ne se résumerait qu’à seulement telle chose ou telle autre tiendrait de l’absurde et ce n’est pas le très récurent « je comprends tous les mots mais pas la phrase en elle-même ! » qui nous dira le contraire.

De notre point de vue, c’est bien là que la progression en spirale (pour la compréhension) prendra tout son sens car c’est précisément ce qu’en tant qu’apprenants en langue nous sommes potentiellement tous amenés à ressentir. L’effet d’être pris dans une spirale avec perte de repères dû à la présence de toutes ces informations plus ou moins fraichement emmagasinées, en cours d’acquisition  et le tout en n’ayant de cesse que d’en rajouter encore et encore. Un constat d’autant plus vrai si vous souhaitez réellement emmener votre compréhension de telle ou telle langue assez loin…

Autant se le dire, aucune potion magique n’a encore été trouvée pour faire passer la pilule plus simplement. Aucune, sauf le temps bien sûr. Une réponse évidente qui ne vous plaira certainement pas (pas plus qu’à nous) mais qui restera pourtant immanquable afin d’envisager une progression réelle et en continue ; a fortiori passé les débuts d’un apprentissage. D’ailleurs, et peu importe comment vous la nommez, garder en tête que l’amélioration en compréhension ne suit pas un mouvement clairement rectiligne c’est aussi comprendre que malgré les difficultés du moment, tant que vous ne lâchez rien, toutes ces informations commencent malgré tout à s’organiser dans votre tête. Ce qui, nous l’espérons, aura au moins le mérite de vous faire prendre du recul sur l’un des tristement classiques de la compréhension en langue : «…je comprends même moins bien qu’avant ! ».

En bref, développer sa compréhension en langues c’est aussi apprendre à travailler maintenant pour des résultats visibles qui seront, eux, de plus en plus différés. Alors, ne lâchez rien surtout et bon apprentissage à vous.  

Et vous alors ?! Avez-vous déjà été confrontés à ce genre de difficultés ? Quelles astuces avez-vous utilisées ? Dîtes-nous tout dans les commentaires de cet article


Si cet article vous a intéressé, merci de nous suivre, aimer et partager afin que d’autres puissent en bénéficier.

Un bon article sur les difficultés en compréhension d’une langue #Langues #Compréhension #Progression #Autodidacte #Conseils

Bon apprentissage à vous,

Matthieu – Rukmal – P

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